Le Saint Sacrement – 22 juin 2019

HOMÉLIE DE LA FÊTE DU SACREMENT DU CORPS ET DU SANG

Le pape François a dit « Qui suis-je pour juger ? Je dis « Qui suis-je pour parler »Ni prêtresse, ni diaconesse, ni chargée de mission par l’Église, mais une paroissienne baptisée, confirmée, donc porteuse d’une mission, une paroissienne qui apprécie notre communauté où se vit un beau partage de vie, une paroissienne enfin qui se pose plein de questions sur la foi et l’enseignement de l’Église.

En ce dimanche, on fête avec solennité le « Sacrement du corps et du sang du Christ », autrement dit le sacrement de l’eucharistie. Le pain et le vin, le corps et le sang, la communion…..sous les deux espèces parfois, qui me met en relation avec Dieu et avec mes frères. Il y a vraiment matière à réflexion ! Je vais essayer de vous dire comment je me situe aujourd’hui par rapport à l’eucharistie.

C’est au cours d’un repas, le dernier repas que Jésus passe avec ses disciples, que l’on puise les éléments propres à l’eucharistie. Les repas sont importants dans la vie de Jésus. Sa vie publique commence par les Noces de Cana et se termine par ce dernier repas . Ce n’est peut-être pas un hasard, le repas étant un moment privilégié de rencontres, d’échanges où l’on crée des liens.

Les circonstances dans lesquelles se déroule le dernier repas sont très particulières. Jésus s’est souvent écarté des rites et il a dépassé la Loi pour assurer sa liberté de penser et d’agir. Il agit auprès des plus pauvres, auprès de ceux qui n’ont pas de certitudes, pas de pouvoir. Cette attitude a créé des tensions et plusieurs fois les grands prêtres et les scribes, heurtés par son comportement qui brisait les règles et menaçait leur pouvoir, ont voulu se débarrasser de lui. Jésus savait que s’il restait fidèle à lui-même et à l’amour qu’il portait aux hommes, il risquait sa vie : il n’a pas subi sa mort, il l’a offerte. Au moment du dernier repas il devait sentir que sa mort était imminente.

C’est dans ce climat qu’il rassemble ses disciples qui avaient si longtemps cheminé avec lui. N’oublions pas qu’il est juif et qu’il connaît et a vécu avec les rites, en particulier les rites alimentaires. Ce dernier repas va se dérouler de façon traditionnelle. Comme un bon père de famille juive, il commence le repas par la bénédiction du pain, un pain rond qu’il fractionne ensuite pour le partager aux différents convives. Vue la gravité de la situation les apôtres seront sans doute particulièrement attentifs et recevront ce pain comme un don. « Prenez et mangez en tous, ceci est mon corps livré pour vous ». De même à la fin du repas il prend la coupe et la partage avec ses disciples en disant « Prenez et buvez, ceci est mon sang versé pour vous, le sang de l’alliance nouvelle versé pour la multitude »

Comment recevoir ces paroles ? Pain et vin rentrent dans la tradition. Les paroles , non.

Quand Jésus dit « voici mon corps, voici mon sang » il veut dire voici toute ma vie et cette vie je vous la donne. Pourtant l’hostie reste hostie. Le vin reste vin. Il n’y a pas de magie. Mais le pain et le vin sont consacrés donc représentent le corps du Christ ? Qu’est ce que c’est que le corps du Christ ? C’est toute sa vie, tout ce qu’il a été, tout ce qu’il a dit,tout ce qu’il a fait, aimer les hommes comme il aimait son Père et comme le Père l’aimait. Il a tout donné et par l’eucharistie on peut mesurer cet amour qui le conduit pour nous, au sacrifice de la croix, suivie bien sûr de la résurrection. Le pain et le vin, fruit du travail de l’homme et de la terre, acquièrent une dimension spirituelle. Tous ensemble nous faisons le corps du Christ, nous faisons l’Église. L’Église c’est nous tous rassemblés ici et jusqu’aux confins du monde, nous qui sommes (ou devrions être) à l’écoute de la parole de Dieu et de la parole de nos voisins, nos amis, voire nos ennemis. Le pain et le vin que nous recevons n’est pas qu’une démarche individuelle. Je communie aussi pour accueillir avec d’autres la présence libératrice du Christ, pour donner force à la communauté.

Pain et vin sont ainsi une nourriture pour la route, une nourriture pour notre monde qui a faim d’Amour, qu’il soit proche ou plus lointain, connu ou inconnu. C’est une ouverture vers l’infini, une Alliance nouvelle, une promesse de vie éternelle, le salut pour la multitude. Mais l’Alliance étant une sorte de contrat entre Dieu et nous, Dieu s’est engagé et Il nous engage en retour car s’il y a contrat il y a réciprocité. Nous sommes envoyés vers les pauvres, les malades, les migrants, les incroyants, les victimes de toutes sortes et même les terroristes, nous sommes envoyés partout où l’homme est l’image de Dieu.

« Faites ceci en mémoire de moi ». Il ne s’agit pas de répéter la cène, le sacrifice de Jésus n’a lieu qu’une fois. Il est définitif. Ce mémorial actualise le don que Jésus a fait de sa vie pour nous tracer le chemin. A nous de le suivre, pas nécessairement en mourant en martyr, mais en prenant comme lui la violence du monde pour la conduire vers l’Amour. Il est arrivé au sommet de sa mission, sommet de sa relation filiale, sommet de son témoignage et donc sommet de la question qu’il nous pose aujourd’hui : sommes nous prêts à nous engager à sa suite, jour après jour en priant l’esprit Saint, Esprit d’Amour, de force, d’intelligence, de sagesse…..

Pour terminer j’ai envie de vous relire des paroles que vous connaissez bien et qui résume ce que j’ai essayé de développer

Nous sommes le corps du Christ
Chacun de nous est membre de ce corps
Chacun reçoit la grâce de l’Esprit
Pour le bien du corps entier
Allez en paix mes sœurs et mes frères
AMEN….. !!

Josette Chambolle

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